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Nolwenn Leroy, un retour sans concession

Quatre ans après Histoires Naturelles, Nolwenn Leroy revient avec Le Cheshire Cat et moi, un album qui détonne. Epanouie et enthousiaste, l’auteur-interprète s’est confiée au micro de Musique.evous sur un opus où elle a refusé toute concession.

Bonjour ! On te retrouve quatre ans après ton dernier album... A quoi ressemble "Nolwenn Leroy version 2009" ?
On me retrouve ou on me trouve ? Je crois que c’est ça la différence aujourd’hui. Le premier album était totalement autre chose. J’ai mis du temps à installer mon univers même si j’avais déjà commencé avec le deuxième album à construire quelque chose de plus représentatif de ce que je suis. C’est ça qui m’a permis aujourd’hui de me lancer seule et d’être plus confiante. Là, je suis sur la bonne route, j’ai réussi à affiner petit à petit mon chemin.

Est-ce la raison de cette longue pause ?
Je suis quelqu’un qui se pose beaucoup de questions ! D’où mon single faut-il, faut-il pas ? (rires). Donc oui cela prend un certain temps de réflexion pour trouver la couleur que je veux apporter à l’album, les thèmes que j’ai envie d’aborder, l’écriture, la composition… Finalement, l’exécution est presque un détail quand on a réfléchi autant à un projet. Et celui-ci a vraiment été pensé donc quand je suis rentrée en studio, tout était évident. Je n’ai pas fait de compromis, j’ai su tracer ma route et aller jusqu’au bout de mes idées. Il y a un vrai parti pris au niveau de la musique et aussi de l’image. Je suis super contente.

Cet album est un peu un ovni dans le paysage musical actuel…
Sans doute, mais c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Ce sont mes influences, ce que je suis et j’ai voulu prendre le risque de faire quelque chose de très personnel. Aujourd’hui c’est le moment où jamais je trouve, avec cette crise du disque, de faire ce qu’on aime et ce qu’on est. Ce projet, je l’ai mis en place seule, je l’ai drivé du début à la fin et j’ai eu la chance d’avoir une liberté totale et de bosser avec des potes. Je suis partie longtemps, j’ai écrit tout. Pour la couleur, c’est vrai que mon amitié avec Teitur depuis des années a eu de l’influence - comme ma rencontre avec Thomas Jacquet, le peintre qui a réalisé les visuels. A un moment, je me suis dit que si j’aimais autant leurs univers respectifs c’est qu’il devait y avoir une raison, qu’ils pouvaient m’apporter quelque chose. On s’est enfermé dans une maison-studio en Suède en vivant avec la musique du matin au soir tout en ayant une ambiance détendue... Cet album est un repositionnement que j’avais déjà commencé à préparer. Et encore heureux sinon ça aurait pu être un choc violent pour les gens ! (rires)

Le premier extrait Faut-il, faut-il pas ? est une transition en douceur… Es-tu vraiment une éternelle indécise ?
Il fait vraiment bien le lien et finalement n’est pas entièrement représentatif de mon nouvel album qui réserve énormément de surprises. Mais oui, d’une part je suis une indécise dans l’âme, je suis balance réellement, et d’autre part c’est un titre qui m’a été inspiré par la lecture d’un livre de Milan Kundera, L’Insoutenable légèreté de l’être, qui montre comme une décision peut tout faire basculer. On est toujours dans cet équilibre un peu instable et c’était une manière plus légère pour moi de parler de ça. Mais l’indécision m’habite tout le temps c’est vrai et ça explique que l’album ait mis autant de temps à se faire d’ailleurs. J’ai tendance à être tiraillée.

Dans le titre Mademoiselle de la gamelle, il y aussi beaucoup de fragilité…
Oui, ça représente toutes les erreurs que j’ai pu faire, les erreurs de jugement parce que j’arrivais dans ce métier et je n’étais pas aussi forte que maintenant. On apprend énormément de ces erreurs.

Etait-ce facile de prendre en main toute l’écriture de cet opus ?
J’avais déjà écrit sur le deuxième album mais c’est vrai que lorsqu’on parlait de moi, on disait "Nolwenn la chanteuse" et rarement "l’auteur". Je ne comprenais pas que certains écrivaient beaucoup moins que moi et pourtant étaient désignés comme auteurs. Alors je me suis dit que j’avais plein de choses à raconter et que le meilleur album que je pouvais faire à ce moment-là devait être fait par moi. On ne pourra jamais me le reprocher car j’ai été au bout de mon idée. J’ai commencé à écrire, en anglais intégralement au début, d’où les soucis de timing parce qu’après, il a fallu retravailler les titres pour éviter des traductions littérales. Je suis contente d’ailleurs de l’équilibre que j’ai pu trouver entre les deux langues.

Il y a également un pari au niveau vocal où l’on te découvre dans un genre totalement différent.
Cela a été le travail majeur. Le désir initial était que la voix soit centrale, au cœur de la musique. Il y a aussi beaucoup de place pour le silence, c’est un peu dépouillé. On ne m’a finalement jamais autant entendu chanter que sur cet album, pas par la puissance mais par la présence. Je voulais qu’on ait l’impression que je murmure un peu à l’oreille de la personne qui écoute. Je voulais quelque chose de plus intimiste, de plus organique et surtout ne rien calculer, pour avoir une sorte d’instantané. Mais ça a été difficile avec toutes mes années de conservatoire derrière moi où tout devait être carré, parfait. Ce que j’aimais chez les autres, je n’arrivais pas à le tolérer chez moi, ces imperfections, ce petit souffle dans la voix… Et finalement je suis très heureuse de l’avoir fait car j’ai appris énormément.

Peut-on parler d’une volonté de ne plus être "Nolwenn Leroy, chanteuse à voix" ?
Non, parce que je suis toujours heureuse techniquement de pouvoir chanter plein de styles différents. Je n’ai pas envie de renier ça. Et puis toutes les chanteuses qui m’ont fasciné, de Kate Bush à Tori Amos en passant par Alison Goldfrapp sont des vraies vocalistes, de vraies techniciennes. C’est dans cette direction que j’ai envie d’aller. J’ai envie de m’amuser et d’être libérée de quelque chose de très crispé. J’ai envie d’ouvrir vers quelque chose de plus sincère et spontané.

Tu as opté avec les visuels et l’ambiance pour quelque chose de très "Lewis Carroll" et son Alice au pays des merveilles
C’est un univers qui m’a toujours attirée. Ce côté onirique, étrange, mystérieux, fantastique… C’est un monde qui me rassure et qui sert d’écrin à mes chansons. Petit à petit, je décline un univers entre Charles Dickens et Lewis Carroll et on apprend à me connaître vraiment. C’est vrai qu’avec la Star Academy on était 24/24 ensemble et les gens avaient l’impression de tout savoir de nous. Mais moi je me suis toujours beaucoup protégée, quitte à parfois passer pour quelqu’un de froid. Je donnais beaucoup mais seulement dans la musique pour rester lucide sur ce qui pouvait se passer après. Je pense qu’il faut garder une part de mystère.

Ce n’est pas facile de garder contact avec le public quand on espace de plusieurs années ses albums. Quelle relation as-tu avec tes fans ?
J’ai la chance d’avoir un public extrêmement patient, qui me connaît et sait que j’ai besoin de prendre mon temps. Ils ont su m’attendre et je les en remercie profondément. J’ai une relation assez unique avec les gens qui me suivent depuis des années et je pense qu’ils sont heureux pour moi de voir que je suis en phase avec ce que je dis et ce que je chante.

Le retour sur scène le 18 mars à la Cigale va marquer une autre étape…
Oui, il y aura la Cigale et quelques dates auparavant et puis on partira pour une grande tournée jusqu’à la rentrée. Et cet album, je l’ai vraiment fait pour la scène et il y a plein de possibilités pour l’explorer : orchestre ou ambiance plus intimiste… J’ai hâte de retravailler aussi des chansons précédentes pour les intégrer au spectacle. On va beaucoup s’amuser à décliner ce petit monde.

Pour finir, si tu avais un message à faire passer à ceux qui vont découvrir ton nouvel album ?
Attendez-vous à être surpris, c’est le moins que l’on puisse dire ! (rires) S’il y a un album qui doit être comme une carte d’identité et me représenter, c’est celui-ci.

Propos recueillis par Carole Bouchard
Illustrations : Thomas Jacquet

Nolwenn Leroy, Le Cheshire Cat et moi (Universal/Mercury)
Sorti le 7 décembre 2009
En concert le 18 mars 2010 à la Cigale de Paris