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Claude Delacroix : « Les années 60 et 70 étaient insouciantes ! »

Déjà 40 ans ! 40 ans que Claude Delacroix créait « Formule J », une émission destinée aux jeunes que tout le monde a encore en mémoire. Pour cet anniversaire, nous avons rencontré Claude Delacroix qui a accepté de nous ouvrir son jardin aux souvenirs.

Pouvons-nous dire que c’est à Leuven où vous étiez le chanteur vedette d’un orchestre pour les jeunes étudiants que vous avez découvert la musique ?

Remerciements : Christophe Schoonbroodt pour les recherches de photos d’archives.

Vous aviez toutes les jeunes filles à votre merci alors ?

On avait un grand succès, oui ! (Rires) Merci de le rappeler ! Mais c’est vrai que nous avions la chance d’être dans une situation de monopole. A l’époque, à part les vedettes internationales comme Les Shadows et d’autres, c’était le tout début des premiers orchestres à guitares électriques. En Belgique, à l’époque, pour la première division des orchestres, il y avait Les Cousins (du sporting d’Anderlecht) qui étaient vraiment numéro un. Juste derrière, il y avait Les Frangins, un groupe bruxellois. Les meilleurs étaient Les Chabrols, un groupe anversois. Et puis, en deuxième division, il y avait toute une série de groupes dont The Rowdies. On animait beaucoup de bals et de thés dansants. On jouait près de l’Alma, pour ceux qui connaissent à Louvain, et tous les prétextes étaient bons pour jouer. Moi, ça me faisait gagner des sous mais mes parents croyaient que j’étais aux cours. (Rires)

Avant de débuter « Jeunesse 66 », vous avez également été le secrétaire particulier de Marc Aryan …

Quand j’étais à l’université, Michel Lemaire de la RTBF Mons m’a proposé ce boulot-là. J’étais le secrétaire de Marc Aryan, c’est vrai. Mais je faisais aussi plein de choses pour lui. Je nettoyais sa voiture. J’allais porter son argent à la banque. Marc Aryan me faisait une confiance totale avec de grandes missions parfois. Et je dois dire que cela m’a beaucoup touché. C’était d’ailleurs un personnage très très attachant dont je continue à me moquer … Tout le monde a ses petits défauts et moi le premier. (Sourire) Et le petit défaut de Marc était qu’il était très près de ses sous. Mais à part ça, c’était un homme absolument charmant. Et le plus amusant, c’est qu’après les rôles se sont inversés quand j’animais « Formule J » et que je recevais Marc en invité. Après avoir été mon patron, il me suppliait de l’invité dans « Formule J ».

Quel souvenir gardez-vous de cette époque ?

Ce sont des souvenirs absolument fantastiques. Sans être un vieux gâteux, je ne dis pas « c’était mieux avant ! » Je le dis vraiment : « c’était mieux avant ! » Pourquoi ? Il n’y avait pas le Sida. Il n’y avait pas de violence. Après avoir fait la java toute la nuit, je pouvais rentrer de la Grand-Place jusqu’au Cinquantenaire où j’habitais. Et personne ne pensait se faire attaquer ! Il n’y avait pas de chômage aussi. Et puis, il y avait surtout beaucoup d’insouciance. Les gens qui ont été jeunes dans les années 60 et 70 avaient connu la guerre et donc ils vivaient leur jeunesse dans une explosion de joie et de bonheur comme si ça allait durer toujours. Qui aurait pu croire qu’aujourd’hui ce serait la crise ? Personne ! C’était une époque privilégiée où on ne pensait qu’à s’amuser. Et toutes les personnes de ma génération vous diront exactement la même chose.

Les années 70 sont au cœur des trente glorieuses, c’est l’époque des jeans et des 45 tours. Les jeunes commencent à avoir un pouvoir d’achat. Et c’est aussi l’époque des surboums et des sorties …

Les années 60 et 70 sont synonymes de découvertes multiples : c’est la découverte de la sexualité et sans le sida, je le disais mais c’est aussi la découverte, pour les jeunes, d’un pouvoir d’achat. Et, c’est la naissance du 45 Tours. Les jeunes, en raison de l’essor économique, commencent à avoir de l’argent et ont la possibilité d’avoir leur autonomie. C’était une très belle période ! Les surboums se faisaient, en général, avec une petite sono dans les garages des maisons.

Vous débutez à la radio en tant que chroniqueur pour l’émission Jeunesse 66 …

Comme job d’été, j’ai d’abord classé des fiches, des disques et des dossiers au centre RTBF Mons, à la demande de Michel Lemaire. Et évidemment quand on est dans une maison de radio, en dehors de ce boulot de classement, j’ai commencé à faire de la radio comme chroniqueur pour « Jeunesse 66 » et « Jeunesse 67 ».

« 69, année érotique », chantait Gainsbourg. L’appellation « Jeunesse 69 » aurait donc fait jazzer dans les chaumières ! Et vous avez anticipé la chose en changeant le nom de l’émission. Formule J était née !

Oui, en 68, nous anticipons ce que vous dîtes ! Nous changeons le nom de l’émission et le contenu qui lui aussi change radicalement. J’ai pris toutes les libertés possibles et j’ai enlevé tout ce qui me paraissait poussiéreux. La programmation musicale est devenue beaucoup plus anglo-saxonne et plus rock and roll. On parlait de moto, de nouveaux sports et de tout ce qui concernait vraiment les jeunes.

Le ton que vous adoptez à la radio dès la création de « Formule J » a dérangé certains mais a surtout énormément plu aux nombreux jeunes qui vous écoutaient avec beaucoup de fidélité. C’est surtout le directeur Général de l’époque qui était agacé par votre ton décontracté, non ?

Il n’aimait pas beaucoup ma voix et le ton décontracté que j’avais.

A l’époque, il y avait un autre rendez-vous qu’appréciait la jeunesse branchée, c’était « Salut Les Copains ! » de Daniel Filipacchi. Est-ce que, à la différence de Salut les Copains, Formule J ne diffusait pas plutôt les versions originales des chansons ?

Exactement ! Vous êtes bien renseigné ! (Sourire) Il faut tout de même saluer le talent de Daniel Filipacchi qui était une pointure. Pour moi, il reste le pape des émissions pour les jeunes. C’est vraiment lui qui a lancé les vedettes comme Johnny Hallyday, France Gall, Dick Rivers, … Je privilégiais, comme vous dîtes, les versions originales dans la programmation musicale de « Formule J ». Les auditeurs belges nous les réclamaient. Et le Sud de la France écoutait « Formule J » pour découvrir les versions originales s’ils n’aiment pas les reprises qui passaient dans « Salut Les Copains ! ».

Ne pensez-vous pas que ce sont les goûts musicaux de la Flandre qui ont influencé les programmations des radios francophones ?

Tout à fait ! Les flamands influencent plus les francophones qu’inversement. Mais il est certain que les flamands ont toujours eu une longueur d’avance sur les francophones en matière de musique. Parce qu’ils sont notamment proches du port d’Anvers.

Evoquons une anecdote assez amusante … Vous aviez pour habitude de critiquer gentiment Claude François dans vos émissions et pourtant lorsqu’il a souhaité vous rencontrer, vous avez accepté !

Le fan-club de Claude François l’avait très bien mis au courant des allusions que je faisais sur ses reprises dans « Formule J » et il a souhaité me rencontrer. Il est venu en direct en studio et tout s’est très bien passé. C’était à Flagey ! Même si je n’ai jamais changé mon point de vue et il le reconnaissait, nous avons pourtant noué des liens sympathiques. Mais je dois reconnaître que, lorsqu’il donnait des concerts, il était fascinant. C’était un show-man exceptionnel !

Est-ce qu’à l’époque, l’absence des radios libres et des radios commerciales, que nous connaissons aujourd’hui, n’a pas joué dans le succès de « Formule J » ? Il y avait un certain monopole à l’époque. C’était le seul nouveau rendez-vous « branché » qui était proposé aux jeunes et en plus c’était le service public qui le proposait …

Bien entendu ! Ce serait beaucoup plus difficile de connaître le même succès aujourd’hui …

Receviez-vous certains disques en exclusivité et/ou en priorité des maisons de disques ?

Tout à fait ! On recevait beaucoup de disques d’Angleterre directement. Et ça, ça ne plaisait pas beaucoup aux maisons de disques belges.

A l’époque vous alliez boire des verres après les émissions avec les vedettes que vous receviez dans vos émissions. S’ils étaient en Belgique pour plusieurs jours, vous les revoyiez. Ce sont des scénarii impensables aujourd’hui !

Je suis devenu très ami avec Julien Clerc que je véhiculais dans ma voiture. Même chose avec Nicole Croisille dont le chien faisait pipi dans ma voiture. Pour rigoler, je lui disais : « Je vais jeter ton clebs par la fenêtre » (Rires) On avait des relations très très privilégiées. Aujourd’hui, le show business a beaucoup changé et les artistes ne viennent même plus en Belgique.

Aujourd’hui, en dehors de votre émission « Flash Back » que vous coanimez avec Jacques Baudouin, quelles sont vos autres activités ?

Je lis beaucoup parce que j’aime beaucoup ça. Je regarde beaucoup de documentaires et d’émissions politiques à la télévision. J’aime retrouver mes amis. Je vais de temps en temps dans le Sud de la France où j’ai une petite maison. J’adore aussi aller dans des petits restos sympas où j’ai l’impression d’être chez moi.

Quelle est la plus belle aventure qu’il vous reste à vivre ?

C’est une belle question ! (Sourire) On ne me l’a jamais posée. Ma plus belle aventure sera de continuer à faire ce que j’aime et comme c’est le cas maintenant, pourvu que ça dure !

Retrouvez Claude Delacroix dans « Flash Back », chaque après-midi entre 13h30 et 14h00, sur La Première.

Avant ça, j’avais reçu une guitare de mes parents vers 15 ans. En arrivant à l’université, j’ai d’abord commencé dans un orchestre de la région de Charleroi qui s’appelait Les Fifrelins. Ca a duré entre deux et trois ans. On s’est très bien amusé. On faisait toutes les soirées dansantes à Leuven. J’ai ensuite changé d’orchestre et je suis devenu le chanteur d’un orchestre qui s’appelait The Rowdies, qui veut dire Les Chahuteurs.